Militaires ukrainiens

Ukraine : avec l’opération Vivaldi, Kiev reprend du terrain et Washington sort l’arme des droits de douane

septembre 25, 2026

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Depuis trois ans, les cartes racontaient toutes la même histoire : la Russie avançait, lentement, chèrement, mais elle avançait. Septembre 2026 a inversé le sens de la flèche. Avec l’opération « Vivaldi », lancée dans le secteur de Lyman, la contre-offensive ukrainienne a produit le premier recul russe substantiel dans ce secteur depuis 2022.

Une précaution s’impose d’emblée. Les chiffres qui suivent émanent en majorité de l’état-major ukrainien, relayés par l’Institute for the Study of War. Ils sont revendiqués par Kiev et corroborés par l’ISW, pas indépendamment établis.

Cinq jours, 125 kilomètres carrés

L’armée ukrainienne a rendu l’opération publique le 15 septembre. Le général de brigade Andriy Biletsky, commandant du 3e corps d’armée, annonçait alors 85 kilomètres carrés libérés. Cinq jours plus tard, le bilan actualisé portait sur 125 kilomètres carrés repris sur deux phases, dont 50 précédemment sous contrôle russe, et trois localités libérées : Chandryholove, Derylove et Drobycheve.

Lyman comptait 20 000 habitants avant la guerre. La ville avait déjà été reprise une première fois en octobre 2022, puis menacée d’encerclement.

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Les unités engagées donnent une idée de l’effort consenti : 60e brigade mécanisée, 125e brigade mécanisée lourde, 3e brigade d’assaut, régiment KRAKEN, 3e bataillon de reconnaissance, 25e bataillon antichar. Les pertes russes revendiquées dépassent 3 000 hommes sur l’ensemble de l’opération, dont 800 sur la seule dernière phase.

Ce que Vivaldi fait échouer

L’évaluation de l’ISW du 12 septembre éclaire l’enjeu réel. Les forces ukrainiennes ont éliminé un saillant russe majeur au nord de Lyman, repoussant les Russes jusqu’à la rivière Jerebets. Objectif atteint : faire échouer le projet russe d’encerclement large de la « ceinture des forteresses » du Donbass — cette ligne de villes fortifiées qui constitue l’ossature défensive ukrainienne dans la région.

L’analyste en sources ouvertes Clément Molin y voit « l’une des plus importantes victoires ukrainiennes de 2026 », estimant qu’elle retardera l’offensive russe sur le nord du Donbass.

Le tournant a commencé au printemps

Vivaldi n’est pas un coup isolé. C’est la deuxième contre-offensive majeure de l’année. La première, menée de janvier-février à août dans le secteur sud — Dnipropetrovsk, ouest de Donetsk, nord-est de Zaporijjia — avait permis de reprendre 745 kilomètres carrés et 26 localités.

La courbe des gains russes raconte le basculement mieux que tout commentaire : 579 kilomètres carrés conquis en novembre 2025, 23 seulement en mars 2026. Depuis mars, l’ISW constate que les forces russes n’enregistrent quasiment aucun gain net, malgré des opérations offensives continues.

L’arithmétique qui épuise Moscou

Les données de renseignement ukrainien citées par l’ISW pour juillet dessinent une équation devenue défavorable : environ 1 374 pertes russes par jour pour 1 000 à 1 200 recrutements quotidiens, avec environ 60 % de tués parmi ces pertes.

Des généraux russes auraient réclamé 800 000 hommes supplémentaires à Vladimir Poutine. La capacité d’instruction russe plafonne, elle, entre 300 000 et 500 000 recrues simultanées. Par ailleurs, la campagne de frappes ukrainiennes sur les raffineries aurait réduit de 30 % la capacité de raffinage russe par rapport à son niveau d’avant 2022.

Pour garder les proportions justes : la Russie contrôle toujours environ 19 % du territoire ukrainien, dont 7 % l’étaient déjà avant février 2022.

Washington sort l’arme commerciale

Le 18 septembre, Donald Trump a promulgué la loi H.R. 5334, dite « Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act of 2026 ». Le texte avait été adopté par 86 voix contre 11 au Sénat en août, puis par 262 contre 159 à la Chambre le 16 septembre.

Son contenu dépasse le registre habituel des sanctions. Il autorise des droits de douane pouvant atteindre 500 % sur les marchandises d’origine russe, et jusqu’à 100 % sur les biens provenant des cinq plus gros importateurs de pétrole et de gaz russes, ainsi que de cinq pays facilitant le contournement des sanctions. Les secteurs visés couvrent l’énergie — pétrole, gaz, charbon, uranium, pétrochimie —, la défense, les banques et le transport maritime.

Les mesures sont largement obligatoires, avec une dérogation présidentielle possible au nom de l’intérêt national, pour une durée de cinq ans. La mise en œuvre est attendue sous trente jours, soit à partir du 18 octobre.

Pourquoi ça se verra à la pompe

Le lien entre le front ukrainien et le prix du carburant en France n’a jamais été aussi explicite. Lors de leur rencontre du 21 septembre à New York, en marge de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump a demandé à Volodymyr Zelensky de cesser les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, en invoquant directement leur effet sur les prix du carburant et du diesel. Côté ukrainien, un arrêt serait envisageable en échange d’une garantie russe sur les infrastructures critiques ukrainiennes.

Zelensky a décrit l’échange en termes prudents mais positifs, évoquant une conversation importante et un « élan diplomatique ».

Le second canal est commercial. Des droits de douane américains pouvant monter à 100 % sur les biens des pays qui continuent d’acheter de l’énergie russe concernent potentiellement plusieurs États de l’Union européenne. La question à surveiller à partir du 18 octobre n’est donc pas de savoir si la loi existe, mais avec quelle sévérité Washington choisira de l’appliquer à ses alliés.

La France dans l’équation

Emmanuel Macron est intervenu le 22 septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU, pour son dernier discours du mandat dans cette enceinte, sur l’Ukraine et le Proche-Orient, en insistant sur l’effet des conflits régionaux sur les prix de l’énergie. Il a par ailleurs coprésidé le lancement d’une coalition pour les droits et la protection de l’enfance à l’ère de l’intelligence artificielle, aux côtés de l’Espagne, du Kenya et de l’Australie, dont la feuille de route est soutenue par 26 pays et 8 entités onusiennes.

Une conséquence moins visible mérite attention. Tant que Moscou avançait, la question des garanties de sécurité européennes après un cessez-le-feu restait théorique. Si la Russie perd l’initiative militaire, elle devient concrète — et la France s’y est engagée. Ce qui signifie, en langage budgétaire, des dépenses de défense qui figurent déjà parmi les rares postes en hausse du projet de budget 2027.

Le prochain jalon est daté : 18 octobre, entrée en application des mesures américaines. Le suivant sera l’hiver, saison où la question énergétique cesse d’être abstraite pour tout le monde.

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