Onze millions de foyers vont voir leurs horaires d’électricité décalés sans avoir rien demandé. La réforme des heures creuses engagée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) entre dans sa phase massive à partir de novembre 2026, après un premier lot de 1,7 million de clients traités entre novembre 2025 et juin 2026. Sur les 14,5 millions d’abonnés français ayant souscrit l’option heures pleines / heures creuses, tous fournisseurs confondus, environ 3,5 millions disposaient déjà de plages conformes. Les autres basculent d’ici fin 2027.
Ce qui change concrètement
Le volume ne bouge pas : huit heures creuses par jour, comme depuis les années 1960. C’est leur répartition qui est revue. Deux règles structurent le nouveau dispositif.
- Aucune heure creuse ne peut plus être positionnée entre 7h et 11h, ni entre 17h et 23h. Ce sont les créneaux où la consommation nationale grimpe le plus.
- Au minimum cinq heures creuses consécutives restent garanties pendant la nuit, dans la fenêtre 23h-7h.
S’ajoute une saisonnalité inédite. Du 1er avril au 31 octobre, une partie des heures creuses migre vers l’après-midi : au moins deux heures, parfois trois, entre 11h et 17h. Du 1er novembre au 31 mars, les huit heures peuvent redevenir intégralement nocturnes.
La logique de la réforme des heures creuses est industrielle. Le parc photovoltaïque français produit son maximum en milieu de journée, au moment où la demande des ménages est faible. Déplacer une partie de la consommation vers ce creux évite d’écrêter la production solaire et allège la pointe du soir. L’hiver, le soleil ne fournit pas ce surplus : les heures creuses retournent la nuit.
Le calendrier, fournisseur par fournisseur
Il n’existe pas de date unique. Enedis situe la deuxième vague de décembre 2026 à octobre 2027, pour 9,3 millions de clients. EDF annonce de son côté des modifications entre le 4 novembre 2026 et le 30 novembre 2027 pour ses abonnés concernés. Les nouveaux clients EDF souscrivant à partir du 6 octobre 2026 se voient attribuer directement des plages saisonnalisées. Les clients professionnels seront traités séparément, à partir de fin 2027.
Deux exclusions : les offres de type Tempo ne sont pas visées par la réforme des heures creuses, et seuls les compteurs communicants Linky permettent la bascule à distance. La Corse et les territoires ultramarins relèvent de règles distinctes.
Le fournisseur doit prévenir au moins un mois avant l’application des nouvelles plages, par courrier, courriel ou mention sur la facture. Aucune démarche n’est demandée au client, aucune intervention technique non plus : le compteur est reparamétré à distance.
Comment vérifier ses horaires actuels
Trois vérifications suffisent, et elles prennent moins de dix minutes.
- Regardez votre facture d’électricité : les plages horaires figurent sur le détail de la consommation, généralement sous la mention « heures creuses » avec les tranches précises.
- Connectez-vous à votre espace client fournisseur, rubrique contrat. Les horaires y sont affichés à jour.
- Sur le compteur Linky lui-même, faites défiler l’affichage avec la touche « + » jusqu’aux index heures pleines et heures creuses. Le compteur indique aussi la période en cours.
Comparez ensuite vos plages actuelles avec les deux fenêtres interdites (7h-11h et 17h-23h). Si une partie de vos heures creuses tombe dedans, vous serez modifié. Si vos huit heures sont déjà toutes situées entre 23h et 7h, vous pouvez malgré tout être concerné par la saisonnalité d’été.
Ce que ça change sur la facture
L’écart de prix reste l’élément décisif. Au tarif réglementé de vente, dit tarif bleu, depuis le 1er août 2026 et pour une puissance de 6 kVA : 0,2142 € TTC le kWh en heures pleines, 0,1589 € en heures creuses, contre 0,2001 € en option base. L’abonnement s’élève à 190,32 € TTC par an. Le différentiel entre heures pleines et heures creuses atteint donc 5,53 centimes par kWh, soit une heure creuse environ 26 % moins chère.
Traduction pour un ménage consommant 8 000 kWh par an : chaque tranche de 1 000 kWh basculée des heures pleines vers les heures creuses représente 55 € d’économie annuelle. À l’inverse, un foyer qui ne déplace rien et dont les heures creuses migrent vers un créneau inutilisable paie davantage, puisqu’une part croissante de sa consommation retombe en heures pleines.
Les appareils asservis au contacteur jour/nuit — le chauffe-eau électrique, dans la grande majorité des cas — suivent automatiquement le signal du compteur. Rien à faire. En revanche, le lave-linge, le lave-vaisselle et le sèche-linge programmés manuellement, ainsi que les bornes de recharge de véhicule électrique pilotées par horloge interne, doivent être reprogrammés à la main après la bascule. Une prise connectée avec programmateur règle le problème pour une quinzaine d’euros.
Changer d’option, mode d’emploi
Le passage en heures creuses n’est pas obligatoire. Si les nouvelles plages ne collent pas à vos habitudes, le retour à l’option base se demande auprès du fournisseur, par téléphone ou depuis l’espace client. L’arbitrage se fait sur un seuil simple : au tarif bleu, l’option heures creuses devient intéressante lorsque environ 30 à 40 % de la consommation annuelle passe effectivement dans les plages creuses. En dessous, l’option base revient moins cher. Un foyer sans chauffe-eau électrique, sans véhicule électrique et sans chauffage électrique a peu de chances d’atteindre ce seuil.
Le calcul se fait avec les données de consommation horaire disponibles sur l’espace client Enedis, qui permet de télécharger l’historique par demi-heure sur deux ans, à condition d’avoir activé la collecte des données de consommation fine.
Le point encore flou
Une question reste sans réponse publique à ce jour : l’écart tarifaire entre heures pleines et heures creuses sera-t-il maintenu à son niveau actuel une fois la réforme achevée ? Plus le signal doit orienter les usages, plus il doit être marqué ; mais un écart élargi pénaliserait les ménages incapables de déplacer leur consommation, notamment les locataires d’appartements sans équipement pilotable. À cette date, aucune source consultée ne confirme d’arbitrage rendu sur ce point, ni par la CRE ni par le gouvernement. Les grilles du tarif bleu sont, elles, revues deux fois par an, en février et en août.