1,7 % d’un côté, 2,4 % de l’autre. Le taux du Livret A est remonté de 0,2 point au 1er août 2026, sur décision du ministre de l’Économie Roland Lescure, pendant que les prix à la consommation accéléraient à 2,4 % sur un an en août, selon l’Insee. L’écart est défavorable à l’épargnant, et il n’a rien d’accidentel : la formule de calcul repose sur l’inflation hors tabac des douze derniers mois et sur la moyenne des taux interbancaires de la zone euro, deux séries qui réagissent avec retard.
Les taux en vigueur en septembre 2026
- Livret A : 1,7 % net, plafond de dépôt 22 950 €.
- Livret de développement durable et solidaire (LDDS) : 1,7 % net, plafond 12 000 €.
- Livret d’épargne populaire (LEP) : 2,5 % net, plafond 10 000 €, maintenu depuis le 1er février 2026.
Les trois livrets sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. La prochaine révision est fixée au 1er février 2027 : les taux de l’épargne réglementée sont réévalués deux fois par an, au 1er février et au 1er août.
Ce que rapporte réellement un livret plein
Un Livret A au plafond, soit 22 950 €, produit 390 € d’intérêts sur douze mois à 1,7 %. Pour que le pouvoir d’achat de cette somme soit simplement préservé avec une inflation à 2,4 %, il aurait fallu 551 €. Le manque à gagner s’établit donc autour de 160 € sur l’année. Un LDDS au plafond rapporte 204 €. Un LEP plein, 250 €.
Le taux du Livret A produit donc un rendement réel négatif d’environ 0,7 point. Celui du LEP est proche de l’équilibre, à 0,1 point au-dessus de l’inflation constatée en août. Ce n’est pas un détail : le LEP est aujourd’hui le seul produit d’épargne totalement liquide, garanti et défiscalisé qui protège à peu près le capital de l’érosion des prix.
Le LEP, sous-utilisé
Le LEP est soumis à condition de ressources. Pour 2026, le revenu fiscal de référence ne doit pas dépasser 23 028 € pour une part de quotient familial et 35 326 € pour deux parts. Une part supplémentaire relève le seuil en conséquence. La vérification est faite automatiquement par la banque auprès de l’administration fiscale, sur la base de l’avis d’imposition le plus récent.
Le décalage entre éligibilité et détention reste massif. Les derniers chiffres consultés font état d’environ 11,9 millions de LEP ouverts fin 2023, pour une population éligible estimée à plus de 30 millions de personnes. À cette date, aucune source consultée ne fournit de décompte actualisé à l’été 2026. L’ouverture d’un LEP prend une quinzaine de minutes en agence ou en ligne, et il est cumulable avec le Livret A et le LDDS.
Les Français ont retiré de l’argent pendant six mois
Les données de la Caisse des Dépôts publiées le 23 septembre 2026 montrent un retournement. En août, le Livret A a enregistré une collecte positive de 460 millions d’euros, le LDDS de 80 millions, le LEP de 60 millions. C’est la fin d’une série de six mois de décollecte pour les deux premiers, et de cinq retraits consécutifs pour le LEP. L’encours cumulé Livret A plus LDDS s’établissait à 608,9 milliards d’euros fin juillet 2026.
Ces montants restent modestes au regard des années 2023-2025. Une partie de l’épargne est partie vers l’assurance vie, qui a capté 18,8 milliards d’euros de cotisations sur le seul mois de juillet.
Où placer son épargne de précaution
L’épargne de précaution obéit à trois contraintes : disponibilité immédiate, capital garanti, absence de frais. Tout ce qui ne coche pas ces trois cases relève d’une autre poche. L’ordre de remplissage, en septembre 2026, découle mécaniquement des taux.
- Premier réflexe : le LEP, si vous êtes sous les plafonds de revenus. 2,5 % net, 10 000 € maximum. Aucun autre support garanti ne fait mieux après impôt.
- Ensuite le Livret A et le LDDS, 1,7 % net chacun, 34 950 € au total. Retraits sans délai, sans pénalité.
- Au-delà, les comptes à terme affichent en moyenne 2,29 % brut jusqu’à deux ans et 2,46 % au-delà, certaines offres récentes atteignant 2,90 % brut. Après prélèvement forfaitaire unique de 30 %, cela donne entre 1,60 % et 2,03 % net, au prix d’un blocage des fonds ou d’une pénalité en cas de sortie anticipée.
- Les livrets bancaires non réglementés rapportent 0,75 % brut en moyenne, les offres promotionnelles dites super-livrets 1,63 % brut. Une fois la flat tax appliquée, le compte n’y est pas, sauf pendant la période de taux boosté, généralement limitée à deux ou trois mois.
- Le fonds en euros d’une assurance vie a servi 2,63 % brut en moyenne en 2025, et pourrait approcher 2,9 % en 2026 selon les projections de marché. Mais les intérêts sont fiscalisés, des frais de gestion s’appliquent et le rachat prend quelques jours ouvrés : c’est un support d’épargne à moyen terme, pas un matelas d’urgence.
Règle de dimensionnement : trois à six mois de dépenses courantes sur les livrets réglementés. Pour un foyer dépensant 2 500 € par mois, cela représente 7 500 à 15 000 €. Au-delà, laisser dormir des dizaines de milliers d’euros à 1,7 % coûte du pouvoir d’achat chaque année.
Ce qui se joue au 1er février 2027
La formule réglementaire qui fixe le taux du Livret A retient la moyenne entre l’inflation hors tabac des six derniers mois et la moyenne du taux interbancaire €STR sur la même période, avec un plancher de 0,5 %. Si l’inflation se maintient autour de 2,4 % et que l’€STR reste proche de 2 %, le calcul brut pointerait vers un taux supérieur à celui d’août. Rien n’est acquis : le gouverneur de la Banque de France propose, le ministre de l’Économie arrête, et les deux dernières années ont montré que la décision peut s’écarter de la formule, dans un sens comme dans l’autre. À cette date, aucune source consultée ne confirme d’orientation pour février 2027.