280 millions de dollars encaissés sur 17 milliards promis. Ce ratio, rapporté par le Times of Israel, résume l’état réel de la reconstruction de Gaza au moment où le Board of Peace a dévoilé, le 23 septembre 2026, son premier plan chiffré : 2,45 milliards de dollars, 66 projets, six mois.
Ce que contient le plan des six mois
Le document couvre des besoins immédiats plus que la reconstruction de Gaza proprement dite. Réparation de routes, de logements, d’écoles, d’hôpitaux et d’installations portuaires. Rétablissement du carburant, de l’approvisionnement alimentaire, d’Internet et de la couverture mobile. Remise en marche d’institutions : justice, compagnie aérienne, paiements numériques. Volet sécurité : déblaiement des tunnels, rachat d’armes, formation de policiers. Et un poste d’urgence, des caravanes destinées aux quelque 400 000 personnes qui vivent encore sous tente.
Le déploiement ira du sud vers le nord : Rafah, Khan Younès, les camps du centre, la ville de Gaza, enfin le nord, au rythme du transfert de l’autorité par le Hamas et du retrait israélien.
Ces 2,45 milliards ne sont qu’une amorce. Le Board of Peace évalue les besoins à moyen terme à 35,2 milliards de dollars et à 71,4 milliards sur dix ans. L’Union européenne, l’ONU et la Banque mondiale retiennent un ordre de grandeur voisin, environ 70 milliards. Le chantier physique : plus de 60 millions de tonnes de gravats, dont l’évacuation prendrait plus de sept ans, avant même le déminage.
Qui décide et qui exécute
L’architecture a été mise en place en un an. Le Board of Peace, présidé par Donald Trump, a été ratifié à Davos le 22 janvier 2026. Nickolay Mladenov en est le haut représentant pour Gaza. Jared Kushner et Tony Blair siègent à son conseil exécutif.
Sur le terrain, l’administration civile revient au Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), organe palestinien de technocrates placé sous la supervision du Board of Peace et dirigé par Ali Shaath. Celui-ci a affirmé que le plan couvrait l’ensemble des 365 kilomètres carrés du territoire « sans parti pris » et a rejeté tout déplacement de population.
Le volet militaire relève de la Force internationale de stabilisation (ISF), autorisée par la résolution 2803 du Conseil de sécurité adoptée le 17 novembre 2025 pour un mandat de deux ans. Elle est commandée par le général de division américain Jasper Jeffers et dispose d’un état-major à El-Arich, en Égypte, depuis décembre 2025. L’Indonésie, le Kazakhstan, le Kosovo, l’Albanie et l’Ouganda figurent parmi les contributeurs annoncés, l’Indonésie évoquant jusqu’à 8 000 hommes. La cible affichée est de 20 000 soldats de l’ISF et 12 000 policiers locaux.
L’écart entre l’argent promis et l’argent versé
La conférence de février 2026 consacrée à la reconstruction de Gaza avait réuni une quarantaine de pays et débouché sur environ 17 milliards de dollars d’engagements. Les États-Unis annonçaient 10 milliards, les Émirats arabes unis 1,2 milliard, l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït au moins 1 milliard chacun.
Mi-mai, environ 1 % de cette somme avait été effectivement transféré. Dans son rapport du 15 mai au Conseil de sécurité, le Board of Peace écrivait que l’écart entre engagements et décaissements devait être comblé « avec urgence », les fonds promis mais non versés représentant selon lui la différence entre un dispositif sur le papier et un dispositif qui produit des effets. Quatre mois plus tard, le compteur affichait 280 millions de dollars. Les Émirats font exception : au moins 100 millions versés, fléchés vers la formation de la nouvelle police de Gaza.
Une piste de financement a été fermée. Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a refusé une proposition américaine visant à rediriger vers le Board of Peace 5 milliards de dollars de recettes fiscales palestiniennes retenues par Israël.
Ce qui bloque
Tout dépend du désarmement du Hamas. Un accord a été annoncé le 31 juillet 2026 : inventaire des armes lourdes, des sites militaires et des tunnels sous quatorze jours, remise du matériel à un comité national palestinien et non à Israël, vérification internationale, démilitarisation étalée sur 200 à 300 jours. Un négociateur du Hamas a précisé que le mouvement n’appliquerait aucune étape si Israël ne remplissait pas ses propres obligations. Israël n’a pas confirmé publiquement son acceptation de cet accord.
Benyamin Netanyahou rejette pour sa part le principe d’un calendrier progressif et réciproque : il exige un désarmement complet avant tout retrait de Tsahal. Israël refuse par ailleurs de laisser sortir du territoire des recrues de la future police gazaouie pour qu’elles soient formées en Égypte.
Les élections israéliennes du 27 octobre 2026 figent les discussions. Nickolay Mladenov a décrit un contexte « un peu plus émotionnel, un peu plus politiquement sensible ». Tony Blair a déclaré que « pour l’année qui vient, nous passons de la préparation à la mise en œuvre », mais aucune date de démarrage n’a été annoncée. Des observateurs redoutent que les travaux se concentrent sur les seules zones contrôlées par Israël.
Ce que ça change pour la France et pour l’Europe
L’Union a bâti son propre canal. Lancée le 13 juillet 2026 à Bruxelles lors du Groupe des donateurs pour la Palestine, l’initiative Team Gaza a mobilisé 883,6 millions d’euros, environ 1 milliard de dollars. Quinze partenaires y participent, dont la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Japon, la Commission européenne et la Banque européenne d’investissement.
Les premiers contrats ont été signés le 23 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale : 43 millions d’euros au total. Soit 37 millions avec l’Unicef pour l’eau potable et l’assainissement, au bénéfice d’environ un million de personnes, et 6 millions avec le PNUD pour la collecte des déchets et un programme pilote de recyclage. Le tout s’appuie sur l’évaluation rapide des dommages et des besoins établie conjointement par l’UE, l’ONU et la Banque mondiale. La commissaire chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, pilote le dispositif.
La France, elle, préside le Conseil de sécurité en septembre 2026. Son ambassadeur Jérôme Bonnafont a placé le Proche-Orient parmi les quatre priorités du mois. Paris a coprésidé le 22 septembre avec Londres et Ottawa une réunion consacrée à la solution à deux États. Le lendemain, à la tribune de l’Assemblée générale, Emmanuel Macron a contesté l’idée que la paix serait acquise, estimant que l’accès humanitaire n’avait pas rouvert « une seule seconde » et parlant d’un spectacle « qui nous fait honte ». Le gouvernement israélien a répliqué en dénonçant une « absurdité grotesque ».
Sur le terrain, l’empreinte française reste modeste : trois gendarmes spécialisés dans la police des frontières déployés depuis janvier 2025 au sein d’EUBAM Rafah, mission européenne d’une vingtaine d’agents au point de passage vers l’Égypte. À cette date, aucune source consultée ne détaille un engagement financier français global et chiffré pour la reconstruction. Lors de son point de presse du 17 septembre, le porte-parole du Quai d’Orsay renvoyait la publication de montants à l’issue de coordinations internes.
La prochaine bascule sera politique plutôt que financière. Paris soutient l’envoi d’une mission européenne d’observation pour les élections législatives palestiniennes prévues fin novembre 2026, suivies d’une présidentielle début 2027. C’est ce scrutin, et non les promesses de dons, qui déterminera à qui les bailleurs pourront verser l’argent.