Le prix de votre boîte de médicaments ne bouge pas. Votre consultation non plus. Pourtant, à partir du 1er octobre, certains patients paieront jusqu’à 40 euros de plus par an. Le décret n° 2026-858, publié au Journal officiel le 11 septembre, relève le plafond annuel des franchises médicales à 140 euros, contre 100 auparavant.
La distinction paraît technique. Elle décide pourtant de tout, et la presse la rate souvent.
Ce qui augmente n’est pas ce que vous croyez
Les montants unitaires restent strictement inchangés : 1 euro par boîte de médicament, 1 euro par acte paramédical, 4 euros par transport sanitaire, 2 euros par consultation médicale. Aucun de ces tarifs ne bouge.
Ce qui change, c’est le seuil à partir duquel vous cessez de payer. Deux compteurs tournent en parallèle :
- La franchise médicale passe de 50 à 70 euros par an. Elle couvre les médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires.
- La participation forfaitaire passe elle aussi de 50 à 70 euros. Elle porte sur les consultations, les radios et les analyses biologiques.
Total : 140 euros de reste à charge maximal par an et par personne, contre 100 jusqu’ici. Et une seconde étape est déjà inscrite dans le calendrier, au 1er janvier 2028.
Qui paie vraiment
La mécanique du plafond a une conséquence directe : elle épargne les assurés qui consultent peu, et concentre l’effort sur ceux qui consultent beaucoup.
Un actif en bonne santé, qui voit son médecin deux fois dans l’année et prend une dizaine de boîtes de médicaments, n’atteignait déjà pas l’ancien plafond. Pour lui, rien ne change.
Un patient en affection de longue durée, en revanche, le dépassait chaque année dès le printemps. Pour lui, le relèvement représente jusqu’à 34 euros supplémentaires sur l’année. Les personnes âgées polymédiquées, les diabétiques, les insuffisants cardiaques, les patients sous traitement au long cours sont dans la même situation. Ce sont eux, et eux seuls, que la mesure touche.
Votre mutuelle ne comblera pas le trou
C’est le point que beaucoup découvrent au moment de la facture. Un contrat de complémentaire santé dit « responsable » — soit l’immense majorité des contrats en France — a l’interdiction légale de rembourser la participation forfaitaire et la franchise médicale.
Seuls les contrats « non responsables » le pourraient, mais ils sont beaucoup plus lourdement taxés et donc rares. Inutile, par conséquent, d’appeler votre mutuelle : ces 140 euros restent intégralement à votre charge, quelle que soit la qualité de votre couverture.
18 millions de personnes restent exonérées
Le dispositif comporte des exemptions larges, qui concernent environ 18 millions de personnes.
- Les mineurs de moins de 18 ans.
- Les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.
- Les femmes enceintes, du sixième mois de grossesse jusqu’au douzième jour après l’accouchement.
- Les mineures, pour tout ce qui relève de la contraception.
- Les victimes d’actes de terrorisme.
Un point d’attention pour les familles : l’exonération des moins de 18 ans s’applique à l’enfant, pas au parent qui l’accompagne. La consultation du pédiatre n’est pas décomptée, celle que vous prenez pour vous-même l’est.
Le 1er octobre apporte aussi de bonnes nouvelles
Le même jour, trois mesures vont dans l’autre sens, et elles passent beaucoup plus inaperçues.
Les protections menstruelles réutilisables — cups et culottes — deviennent remboursables pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, dans la limite de deux produits par an.
Le tiers payant s’étend aux consultations du dispositif « Mon soutien psy ». Concrètement, plus besoin d’avancer les frais pour une séance chez un psychologue conventionné.
Les masseurs-kinésithérapeutes rejoignent la liste des professionnels habilités à réaliser « Mon bilan prévention », ce rendez-vous gratuit proposé à quatre âges de la vie : entre 18 et 25 ans, 45 et 50 ans, 60 et 65 ans, puis 70 et 75 ans. Le kiné étant souvent le soignant le plus facilement accessible en zone sous-dotée, l’élargissement n’est pas symbolique.
Un an maximum pour un arrêt de travail
Dernière mesure du même train, plus sévère celle-là : la durée maximale d’indemnisation d’un arrêt de travail est ramenée à un an. Pour les salariés en arrêt long, c’est un horizon désormais borné.
Ce qui se prépare derrière
Un rapport gouvernemental présenté en septembre propose de réformer l’articulation entre l’assurance maladie obligatoire et les complémentaires — rebaptisées « organismes d’assurance santé » — autour de la création d’un « contrat essentiel ». Le chantier dépasse largement la question des franchises, mais il en donne la direction : un partage des rôles redéfini entre la Sécurité sociale et les mutuelles.
En attendant, un geste simple pour ceux qui approchent du plafond. Le décompte des franchises et participations figure dans votre compte ameli, rubrique « Mes paiements ». Le consulter une fois par trimestre permet de savoir où vous en êtes — et d’éviter la surprise du prélèvement automatique sur un remboursement, qui est le mode de récupération retenu par l’Assurance maladie.