Trois sièges d’écart. C’est tout ce qui sépare les deux blocs du Riksdag après les élections législatives en Suède du 13 septembre 2026 : 176 mandats contre 173, sur 349. Treize jours plus tard, Stockholm n’a toujours pas de gouvernement.
Le détail d’un scrutin très serré
L’autorité électorale suédoise, Valmyndigheten, a publié les résultats définitifs le 19 septembre. Les sociaux-démocrates (S) de Magdalena Andersson arrivent en tête avec 28,02 % des voix et 99 sièges. Suivent les Modérés (M) d’Ulf Kristersson, à 19,85 % et 70 sièges, puis les Démocrates de Suède (SD) de Jimmie Åkesson, à 17,48 % et 62 sièges.
Les cinq autres formations représentées se répartissent ainsi :
- Parti de gauche (V) : 8,40 %, 30 sièges
- Parti du centre (C) : 7,03 %, 25 sièges
- Chrétiens-démocrates (KD) : 6,17 %, 22 sièges
- Verts (MP) : 6,12 %, 22 sièges
- Libéraux (L) : 5,34 %, 19 sièges
Les autres listes totalisent 1,58 % des suffrages et aucun siège. La participation atteint 84,9 %, soit 6 834 413 votants sur 8 051 355 inscrits. Plus de la moitié des bulletins, 54,7 %, ont été déposés par vote anticipé.
L’addition donne 176 sièges au bloc rouge-vert (S, V, C, MP) et 173 au bloc sortant (M, SD, KD, L). Euronews chiffre à environ 50 000 voix l’écart national entre les deux camps. Les premières estimations de la soirée électorale, reprises par la RTS, évoquaient 29 000 voix : le dépouillement des votes anticipés et de l’étranger a modifié la marge sans inverser le rapport de force.
Deux perdants dans le camp des vainqueurs
Andersson gagne, mais mal. À 28,02 %, les sociaux-démocrates signent, pour des élections législatives en Suède, leur plus mauvais score depuis plus d’un siècle, relève Euronews. Ils étaient à 30,3 % en 2022. La progression du bloc vient donc d’ailleurs : le Parti de gauche passe de 6,8 % à 8,40 %, les Verts de 5,1 % à 6,12 %, le Centre de 6,7 % à 7,03 %.
À droite, les Démocrates de Suède reculent pour la première fois depuis 2010, de 20,5 % à 17,48 %. Le parti perd la deuxième place qu’il occupait depuis 2022 au profit des Modérés, qui progressent légèrement. Insuffisant : Ulf Kristersson a présenté sa démission après la publication des résultats, tout en appelant les partis à une « ouverture constructive ».
Le blocage n’est pas arithmétique, il est politique
Le président du Riksdag, Andreas Norlén, a chargé Magdalena Andersson de former un gouvernement le 18 septembre, après consultation des chefs de partis. L’obstacle était identifié dès le soir du scrutin. Le Parti de gauche réclame des portefeuilles ministériels en échange de son soutien. Le Parti du centre, libéral et longtemps allié de la droite sur les questions économiques, refuse de soutenir un cabinet comprenant des ministres du Parti de gauche.
Sans l’un ou sans l’autre, aucune majorité ne se dégage. Andersson a demandé publiquement que « toutes les forces politiques mettent de côté la tactique partisane ». Les sources consultées divergent sur le délai qui lui est imparti : Al Jazeera évoque une échéance fixée au 28 septembre, Euronews parle de vingt-huit jours. Le calendrier parlementaire, lui, est fixé : le nouveau Riksdag se réunit le 28 septembre et élit son président ; celui-ci peut proposer un candidat au poste de Premier ministre à partir du 29.
Si Andersson échoue, Kristersson tentera à son tour. Les précédents n’invitent pas à l’optimisme sur les délais : plus de cinq semaines en 2022, près de vingt semaines en 2018.
Un volet judiciaire s’est greffé sur ces négociations. Des enquêtes pour achat de voix sont ouvertes à Borlänge et visent notamment le Parti de gauche. Le procureur Oskar Edvardsson a précisé qu’à ce stade personne n’avait été arrêté ni inculpé. La dirigeante du parti, Nooshi Dadgostar, a qualifié les accusations de « très graves » tout en estimant qu’elles concernent un faible nombre de bulletins.
Ce que ça change pour la France et pour l’Europe
Le calendrier des élections législatives en Suède tombe mal pour Bruxelles. Les Vingt-Sept négocient le cadre financier pluriannuel 2028-2034, et la Suède arrive à la table sans exécutif constitué. António Costa, président du Conseil européen, a achevé une tournée de vingt-cinq capitales et prévoit de rencontrer le futur chef du gouvernement suédois dès sa désignation.
Sur le fond, l’alternance ne devrait pas assouplir la ligne de Stockholm. La Suède appartient au camp des « frugaux » et conteste la proposition de la Commission, chiffrée à 2 000 milliards d’euros, soit environ 1,26 % du revenu national brut de l’Union. Des responsables suédois estiment qu’elle ferait grimper la contribution nationale d’environ 60 %. La défense du rabais annuel obtenu par le pays, supérieur à 1 milliard d’euros, reste une priorité revendiquée. En août, un responsable suédois cité par Euronews prévenait que le prochain gouvernement serait « probablement bien plus dur » que le précédent sur ce dossier.
Pour Paris, la ligne de fracture est ailleurs. Le Sénat français s’alarme de la baisse de la politique agricole commune, qui passerait de 387 à 300 milliards d’euros dans la proposition de la Commission, soit une coupe de 20 %, et de la contraction de 12 % de la politique de cohésion. Il conteste aussi les plans de partenariat nationaux et régionaux, qu’il juge porteurs d’un risque de renationalisation. La France défend le volume de ces enveloppes, la Suède cherche à comprimer le total : les deux logiques ne se rencontrent pas.
Le compte à rebours est court. Un sommet est prévu à Bruxelles les 15 et 16 octobre, un rendez-vous informel à Dublin le 13 novembre, une réunion extraordinaire les 26 et 27 novembre, un dernier sommet les 17 et 18 décembre. L’objectif affiché est de trancher avant la fin de l’année, pour éviter que le dossier ne percute les scrutins nationaux de 2027 en France, en Espagne, en Italie, en Pologne, en Finlande et en Grèce.
Sur la défense et l’Ukraine, le Conseil européen des relations internationales (ECFR) anticipait avant le scrutin une continuité : la hausse rapide des budgets militaires se serait poursuivie avec l’un comme avec l’autre camp, les sociaux-démocrates y ajoutant des moyens pour la défense civile. Le soutien à Kiev fait consensus au Riksdag. Sur le climat, le think tank attend davantage d’ambition, adossée à une politique industrielle verte. Sur la migration, il prévoit des frictions internes : Verts et Parti de gauche poussent à un assouplissement que les sociaux-démocrates n’ont pas accepté jusqu’ici.
Reste un point qui intéresse directement le Quai d’Orsay. Selon la même analyse, un gouvernement Andersson critiquerait plus ouvertement l’action israélienne tout en condamnant le terrorisme, ce qui rapprocherait Stockholm des positions défendues par Paris depuis 2025. Avec trois sièges de majorité et un partenaire centriste qui menace de bloquer, rien n’indique que cette coalition aura les moyens politiques d’une telle inflexion.