15,80 € pour une coupe menstruelle, 19 € pour une culotte. Ce sont les deux tarifs que l’Assurance maladie a inscrits sur sa liste des produits et prestations (LPP) pour lancer, au 1er octobre 2026, le remboursement des protections périodiques réutilisables. La mesure découle de l’article L. 162-59 du code de la sécurité sociale, créé par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024, puis mis en musique par le décret n° 2026-288 du 17 avril 2026 et par des arrêtés publiés au Journal officiel le 7 août 2026. Deux ans et demi entre le vote et l’application.
Qui peut en bénéficier
Le remboursement des protections périodiques réutilisables vise deux publics, pas un de plus. D’abord les assurées de moins de 26 ans, sans condition de ressources : l’âge suffit. Ensuite les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S), quel que soit leur âge. Le gouvernement évalue à environ 6,7 millions le nombre de personnes concernées.
Les femmes de plus de 26 ans qui ne relèvent pas de la C2S restent hors du dispositif. Elles continuent de payer leurs protections au prix du marché, sans prise en charge. C’est la principale limite du texte, et elle a été critiquée pendant les débats parlementaires : la précarité menstruelle ne s’arrête pas à 26 ans.
Deux produits par an, et seulement deux familles de produits
La prise en charge couvre les coupes menstruelles et les culottes menstruelles. Ni les serviettes lavables, ni les éponges, ni aucun produit jetable — tampons et serviettes classiques restent à la charge des utilisatrices.
Le plafond est fixé à deux protections par période de douze mois, décomptées de date à date à partir de la première délivrance. Les deux catégories peuvent être combinées : une coupe et une culotte, ou deux culottes. Un compteur individuel est tenu par l’Assurance maladie.
Les produits doivent figurer sur la liste officielle et répondre à un cahier des charges précis. Pour les culottes, la certification Oeko-Tex Standard 100 et des matières définies (coton biologique, lyocell) ; pour les coupes, du silicone de qualité médicale ou du TPE, avec certification Ecolabel ou essais selon la norme ISO 10993-1. Une mention « réutilisable » sur un emballage ne vaut pas éligibilité : seul le code LPPR compte. Ils ont été attribués : 1724852 pour les culottes, 1719621 pour les coupes.
Combien reste-t-il à payer
Pour les bénéficiaires de la C2S, rien : la prise en charge est intégrale, part obligatoire et part complémentaire réunies.
Pour les moins de 26 ans, la réponse est moins nette à cette date. Le décret fixe une fourchette de prise en charge comprise entre 55 % et 65 % par l’Assurance maladie. Les montants maximum de remboursement diffusés par la presse spécialisée — 12,35 € pour une culotte et 10,27 € pour une coupe — correspondent à un taux de 65 %. D’autres publications professionnelles retiennent 60 %, le taux habituel des dispositifs médicaux inscrits à la LPP, soit 11,40 € et 9,48 €. Aucune page grand public d’ameli.fr consultée ne tranche formellement entre les deux à ce jour. Le reste à charge se situe donc entre 5,53 € et 7,60 € par culotte, une partie pouvant être reprise par une complémentaire santé selon le contrat.
Attention au prix affiché : le tarif LPP est un tarif de remboursement, pas un prix imposé. Une culotte vendue 32 € ne sera remboursée que sur la base de 19 €. Le différentiel reste dû.
Comment faire la démarche
- Pas d’ordonnance. Aucune prescription médicale n’est exigée. Ni médecin, ni sage-femme, ni pharmacien prescripteur.
- Uniquement en pharmacie d’officine. Les achats en grande surface, en parapharmacie non officinale ou sur les sites des marques ne sont pas pris en charge, même si le produit est identique et figure sur la liste.
- Présenter la carte Vitale. Le pharmacien vérifie l’âge ou le statut C2S, contrôle le compteur annuel et facture en tiers payant sur la part obligatoire.
- Vérifier la référence avant d’acheter. Demander explicitement un produit inscrit à la LPP, avec son code. Une marque connue n’est pas forcément référencée.
- Conserver le ticket de facturation si la complémentaire doit intervenir sur le reste à charge.
Les pharmaciens attendent encore des réponses
La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France a saisi le ministère sur les conditions pratiques de mise en œuvre. Deux points reviennent : la facturation, avec la crainte de rejets de paiement comparables à ceux rencontrés sur les préservatifs remboursés et la vaccination HPV, et la disponibilité réelle des produits. La FSPF indique discuter avec plusieurs fabricants pour que les références arrivent dans les circuits de distribution en gros, à l’unité. Autrement dit, toutes les officines ne seront pas approvisionnées le 1er octobre. Mieux vaut téléphoner avant de se déplacer.
Le rappel sanitaire qui accompagne la mesure
Le passage aux protections internes réutilisables suppose quelques précautions de base, rappelées par les autorités sanitaires. Une coupe menstruelle se vide et se rince toutes les quatre à huit heures, se stérilise entre deux cycles, et ne doit pas être portée au-delà de la durée indiquée par le fabricant : le risque, rare mais documenté, est le syndrome de choc toxique menstruel. Une culotte se change selon le flux, généralement toutes les quatre à douze heures, et se lave à chaque usage.
En cas de fièvre brutale accompagnée de vomissements, de diarrhée, d’une éruption cutanée ou d’un malaise pendant le port d’une protection interne, la conduite recommandée est de retirer la protection et de consulter sans délai. Toute question sur le choix d’un dispositif, en particulier en cas d’endométriose, de stérilet ou de suites d’accouchement, relève du médecin traitant, du gynécologue ou de la sage-femme.
Ce qui pourrait bouger ensuite
Le cantonnement du remboursement des protections périodiques réutilisables à la pharmacie a été présenté comme une première étape par les pouvoirs publics. Plusieurs associations demandent l’ouverture du remboursement aux serviettes lavables et l’extension au-delà de 26 ans, deux pistes qui supposeraient un nouveau passage par une loi de financement de la sécurité sociale. Le coût annuel du dispositif actuel n’a pas fait l’objet d’un chiffrage public détaillé à cette date. À surveiller également : le bilan des premiers mois d’exécution, qui dira combien de femmes se sont effectivement présentées au comptoir avec leur carte Vitale — le précédent des préservatifs remboursés, longtemps sous-utilisés faute d’information, invite à la prudence.