Cinquante-quatrième minute : Michael Olise sert Kylian Mbappé, qui conclut du pied droit. Quatre minutes plus tard, le capitaine sort en se tenant le genou gauche. Résumé brutal de la première de Zidane à la tête de l’équipe de France, jeudi soir à Kocaeli : une victoire 0-1 en Turquie, et une tuile immédiate.
« Ça ne va pas bien, malheureusement », a lâché le sélectionneur après la rencontre. Et d’ajouter : « on ne va pas prendre de risques ». Mbappé quitte le rassemblement et sera forfait dimanche en Belgique.
Une nomination attendue depuis dix ans
Le 28 juillet, la Fédération française de football annonçait ce que le football français réclamait depuis une décennie : Zinédine Zidane sélectionneur, avec un contrat de quatre ans courant jusqu’à la Coupe du monde 2030, prise de fonction au 1er août.
Il est le dix-huitième sélectionneur de l’histoire des Bleus et succède à Didier Deschamps après quatorze ans. Philippe Diallo, président de la FFF, a parlé d’une « immense fierté pour la fédération ». Zidane, lui, est resté fidèle à sa sobriété habituelle : « Il n’y a rien de plus grand que l’équipe de France », « une joie et un grand honneur… et évidemment une responsabilité ».
Une première liste avec trois surprises
Annoncée le 18 septembre au siège de la fédération, la première liste a réservé trois noms inattendus : Estéban Lepaul, Jérémy Jacquet et Lucas Da Cunha. Trois choix qui disent quelque chose d’une méthode — Zidane regarde la forme du moment plutôt que le pedigree.
Le match : solide, pas séduisant
Face à la Turquie, en ouverture du groupe A1 de la Ligue des nations, les Bleus ont fait le travail sans l’embellir. Mike Maignan a sorti une superbe parade sur une tête turque en début de seconde période. Manu Koné et Dayot Upamecano ont tenu leur rang au milieu et derrière.
Le onze de départ : Maignan – Koundé, Upamecano, Lacroix, Truffert – Cherki, Koné, Rabiot – Olise, Dembélé, Mbappé. Plusieurs cadres offensifs sont restés en dessous de leur niveau, Ousmane Dembélé et Rayan Cherki au premier rang.
Un 0-1 à l’extérieur pour une première, avec un but de son meilleur attaquant sur une passe de son ailier le plus en forme : sur le plan comptable, Zidane ne pouvait guère demander mieux. Sur le plan du jeu, tout reste à construire.
Le calendrier qui arrive vite
- 28 septembre : Belgique – France au stade Roi Baudouin, sans Mbappé.
- 2 octobre : France – Italie au Stade de France.
- 5 octobre : France – Belgique au Stade de France.
- Novembre : Italie – France, puis France – Turquie.
Deux déplacements et trois matchs en huit jours : le mandat de Zidane commence par un embouteillage. La France aborde cette séquence au troisième rang du classement mondial de la FIFA.
Ce qu’il reste du Mondial
Pour comprendre l’état d’esprit du groupe, il faut revenir à juillet. La France a terminé quatrième de la Coupe du monde 2026, et la manière compte autant que le classement.
Le parcours avait pourtant impressionné : 3-1 contre le Sénégal, 3-0 face à l’Irak, 4-1 contre la Norvège, première du groupe avec neuf points. Puis 1-0 contre le Paraguay en huitièmes, et 2-0 contre le Maroc en quarts.
La demi-finale a tout arrêté. Le 14 juillet à Arlington, l’Espagne s’impose 2-0 — penalty d’Oyarzabal à la 22e, but de Pedro Porro à la 58e — avec en prime la sortie sur blessure de William Saliba à la demi-heure.
La petite finale la plus folle de mémoire récente
Le 18 juillet à Miami, devant 64 478 spectateurs, l’Angleterre s’impose 6-4. Menés 4-0 après trente-sept minutes, les Bleus reviennent à 4-3 grâce à Mbappé, Barcola, puis Mbappé encore. Bukayo Saka signe un triplé, Jude Bellingham conclut à la 90e, et Dembélé réduit la marque dans la foulée.
Dix buts dans un match de classement. Un score qui restera, pour de mauvaises raisons.
Le staff, et la méthode
Zidane avait dévoilé son encadrement le 15 septembre, trois jours avant sa première liste. L’ordre des annonces n’était pas anodin : constituer d’abord l’équipe qui travaille, sélectionner ensuite. C’est l’inverse de la séquence habituelle, et cela dit quelque chose du rapport du sélectionneur au collectif.
Sur le terrain, un indice a retenu l’attention des observateurs contre la Turquie : le positionnement très haut de Michael Olise, chargé d’attirer le latéral adverse pour libérer l’intérieur du couloir. C’est de là qu’est venu le but. Une intention de jeu, pas un coup de chance.
La question qui décide de l’automne
Aucun examen médical n’avait été publié au moment de la rédaction de ces lignes. La durée d’indisponibilité de Mbappé reste donc inconnue, et c’est la seule information qui compte vraiment pour la suite.
Une hyperextension du genou recouvre des réalités très différentes, de quelques jours de repos à plusieurs semaines si les ligaments sont touchés. Les prochaines quarante-huit heures, et les communiqués du Real Madrid, donneront la réponse.
Pour Zidane, le calendrier impose de toute façon de trouver des solutions sans son capitaine dès dimanche. C’est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver à un sélectionneur qui veut installer un jeu collectif : commencer par un match où le plan ne peut pas reposer sur un seul homme.